Deux heures moins le cardiaque
Ca sentait les macaronis. Il y avait des petites maisons avec des petits jardins derrière la haie du jardin de l’hôpital, juste à côté de l’endroit réservé à l’atterrissage des hélicoptères. Quelqu’un devait préparer des macaronis au gratin dans une de ces maisons.
Je me rappelle de ça sans doute parce que ce soir en sortant du bureau pour aller jusqu’à ma place de parking, ça sentait les macaronis. Aussi.
Elle est à 600 mètres ma place de parking. Nous sommes dans nos nouveaux locaux. Ils sont beaux. J’aurais pu en avoir une dans l’immeuble, une place de parking. Mais non, j’ai décidé de « créer l’effort ». Histoire de prendre un peu l’air plutôt que de passer directement de la voiture au siège de bureau. Cela s’appelle de la gymnastique intégrée, il paraît. Je m’en moque de comment cela s’appelle. Ce qui compte c’est de prendre l’air. Mais bon, si ça sent les macaronis comme ça tous les soirs, faudra voir.
Elle est bien prononcée cette odeur de macaronis. Au gratin, c’est sûr. J’ai toujours noué une relation spéciale avec les odeurs de macaronis au gratin. Je ne sais pas pourquoi. Mi-dégoût, mi-appétit.
J’étais descendu dans le jardin de l’hôpital pour prendre un peu l’air et boire un café, ou manger un sandwich au jambon, ou les deux. Pas longtemps, quinze minutes. Mais bon, j’avais l’impression que cela faisait deux heures loin de cette chambre. En remontant, la chambre était vide. J’étais perdu. Le médecin est entré. Il avait l’air étonné lui aussi. « Où est-elle ? ». Je lui ai dit que je ne savais pas car j’étais descendu prendre un peu l’air dans le jardin. Il avait toujours l’air étonné. J’ai pensé qu’il allait me parler de l’odeur de macaronis dehors. Mais non, il ne doit pas prendre l’air souvent. Je voulais lui demander s’il se garait directement dans le parking de l’hôpital ou s’il « créait l’effort », mais ça n’était pas le bon moment. Surtout que j’ai commencé à m’inquiéter…un peu. « Où est-elle ? ». Oui, bonne question. « Elle doit se promener, pour faire passer la douleur ». Soit. J’ai inspecté les couloirs de fond en comble : personne. Je suis retourné dans la chambre : personne. Je suis allé frapper chez les infirmières. On a fini par me dire qu’elle avait été transportée dans une salle de naissance parce que ça venait. Ca vient, ça vient… ça veut dire quoi exactement ?
J’ai commencé à courir dans tous les sens du terme – justement. A courir avec mes jambes et dans ma tête. A me faire une image précise de ce que je pouvais bien trouver dans cette « salle de naissance ». A m’imaginer des tas de choses. Le sang commençait à cogner dans mes tempes et à battre fort partout dans mon corps. J’étais sorti il y a quinze minutes – deux heures- pour prendre un peu l’air. Tout allait bien. Il fallait attendre. Et puis, je sors et tout bascule. Alors forcément, le sang se met à battre. J’ai cru que j’allais faire une crise cardiaque.
Nous sommes arrivés dans cette fameuse salle, ma tête et mes jambes qui courraient, mon sang qui battait, ma crise cardiaque et moi.
Il était temps de « travailler » avec la douleur, mais « ça » n’allait pas venir tout de suite.
La suite je la garde pour nous. Il y a encore eu quelques « deux heures », des prises d’air, des cafés, des odeurs de macaronis (au gratin, définitivement) et j’ai fait 750 crises cardiaques.
Et puis, elle est née.
Je me rappelle de ça sans doute parce que ce soir en sortant du bureau pour aller jusqu’à ma place de parking, ça sentait les macaronis. Aussi.
Elle est à 600 mètres ma place de parking. Nous sommes dans nos nouveaux locaux. Ils sont beaux. J’aurais pu en avoir une dans l’immeuble, une place de parking. Mais non, j’ai décidé de « créer l’effort ». Histoire de prendre un peu l’air plutôt que de passer directement de la voiture au siège de bureau. Cela s’appelle de la gymnastique intégrée, il paraît. Je m’en moque de comment cela s’appelle. Ce qui compte c’est de prendre l’air. Mais bon, si ça sent les macaronis comme ça tous les soirs, faudra voir.
Elle est bien prononcée cette odeur de macaronis. Au gratin, c’est sûr. J’ai toujours noué une relation spéciale avec les odeurs de macaronis au gratin. Je ne sais pas pourquoi. Mi-dégoût, mi-appétit.
J’étais descendu dans le jardin de l’hôpital pour prendre un peu l’air et boire un café, ou manger un sandwich au jambon, ou les deux. Pas longtemps, quinze minutes. Mais bon, j’avais l’impression que cela faisait deux heures loin de cette chambre. En remontant, la chambre était vide. J’étais perdu. Le médecin est entré. Il avait l’air étonné lui aussi. « Où est-elle ? ». Je lui ai dit que je ne savais pas car j’étais descendu prendre un peu l’air dans le jardin. Il avait toujours l’air étonné. J’ai pensé qu’il allait me parler de l’odeur de macaronis dehors. Mais non, il ne doit pas prendre l’air souvent. Je voulais lui demander s’il se garait directement dans le parking de l’hôpital ou s’il « créait l’effort », mais ça n’était pas le bon moment. Surtout que j’ai commencé à m’inquiéter…un peu. « Où est-elle ? ». Oui, bonne question. « Elle doit se promener, pour faire passer la douleur ». Soit. J’ai inspecté les couloirs de fond en comble : personne. Je suis retourné dans la chambre : personne. Je suis allé frapper chez les infirmières. On a fini par me dire qu’elle avait été transportée dans une salle de naissance parce que ça venait. Ca vient, ça vient… ça veut dire quoi exactement ?
J’ai commencé à courir dans tous les sens du terme – justement. A courir avec mes jambes et dans ma tête. A me faire une image précise de ce que je pouvais bien trouver dans cette « salle de naissance ». A m’imaginer des tas de choses. Le sang commençait à cogner dans mes tempes et à battre fort partout dans mon corps. J’étais sorti il y a quinze minutes – deux heures- pour prendre un peu l’air. Tout allait bien. Il fallait attendre. Et puis, je sors et tout bascule. Alors forcément, le sang se met à battre. J’ai cru que j’allais faire une crise cardiaque.
Nous sommes arrivés dans cette fameuse salle, ma tête et mes jambes qui courraient, mon sang qui battait, ma crise cardiaque et moi.
Il était temps de « travailler » avec la douleur, mais « ça » n’allait pas venir tout de suite.
La suite je la garde pour nous. Il y a encore eu quelques « deux heures », des prises d’air, des cafés, des odeurs de macaronis (au gratin, définitivement) et j’ai fait 750 crises cardiaques.
Et puis, elle est née.


