mardi, 27 février 2007
samedi, 24 février 2007
Bleu si elle
Photo: Imparfait Présent (pour une fois)
Il y a toujours un ciel bleu quelque part même quand il fait noir
Il suffit parfois de fermer les yeux pour le sentir arriver
Le ciel bleu
Il fait peut être noir dans ton cœur dans ton corps dans ta vie
Tes envies s’éteignent comme des cendres affaiblies
Mais il y a toujours un ciel bleu quelque part pour toi
Il suffit de le vouloir de le croire de l’appeler de toutes tes forces de toute ta rage de vivre
Il suffit de souffler sur la poussière de souvenirs qui refroidit la mécanique des sourires
Il suffit de souffler sur les cendres
De faire rougir les envies
De faire rager la vie
Parce qu’il y a toujours un ciel bleu quelque part
Même quand il fait noir
Tu vois
Parce que ce ciel bleu c’est toi
Ma côte d’azur
Mon vent du sûr
Parce que quelque part
Dans notre maison noire
Il y a ton regard
Il y a toi
Noie-moi
Puisque je suis l’indien de ton océan
Puisque mon ciel bleu est en toi
Noie-moi en nous
Comme une si reine et son sujet
J’ai su j’ai toujours vu ce bleu au fond de nous
Cette vie
Cette joie
Ce bonheur plus fort que les orages
Cette rage de vivre d’une main dans celle de l’autre
Je sais
Tu es mon ciel bleu
Je t’ai trouvée
Et je ne te lâche plus
Des yeux
Il suffit parfois de fermer les yeux pour le sentir arriver
Le ciel bleu
Il fait peut être noir dans ton cœur dans ton corps dans ta vie
Tes envies s’éteignent comme des cendres affaiblies
Mais il y a toujours un ciel bleu quelque part pour toi
Il suffit de le vouloir de le croire de l’appeler de toutes tes forces de toute ta rage de vivre
Il suffit de souffler sur la poussière de souvenirs qui refroidit la mécanique des sourires
Il suffit de souffler sur les cendres
De faire rougir les envies
De faire rager la vie
Parce qu’il y a toujours un ciel bleu quelque part
Même quand il fait noir
Tu vois
Parce que ce ciel bleu c’est toi
Ma côte d’azur
Mon vent du sûr
Parce que quelque part
Dans notre maison noire
Il y a ton regard
Il y a toi
Noie-moi
Puisque je suis l’indien de ton océan
Puisque mon ciel bleu est en toi
Noie-moi en nous
Comme une si reine et son sujet
J’ai su j’ai toujours vu ce bleu au fond de nous
Cette vie
Cette joie
Ce bonheur plus fort que les orages
Cette rage de vivre d’une main dans celle de l’autre
Je sais
Tu es mon ciel bleu
Je t’ai trouvée
Et je ne te lâche plus
Des yeux
Publié par Gregory Sey le 24.2.07 27 réactions
Catégorie: Bonheur, L'amour au fil des jours, Poèmes et paroles de chansons
lundi, 19 février 2007
La rage dedans
Cette fois ça ne sentait pas les macaronis sur la route du parking. Je commence à en avoir un peu marre de la gymnastique intégrée. Et à vrai dire, j’ai réussi à convaincre – charmer ? Non ça m’étonnerait, j’ai encore des morceaux de bouchons réunionnais entre les dents – une collègue qui m’emmène parfois (souvent – de plus en plus) à mon parking avec sa voiture qu’elle gare chaque matin dans le souterrain de notre immeuble. Mais cette fois ne faisait pas partie des « souvent », donc, et en plus ça ne sentait pas les macaronis au gratin. Tant pis. Créer l’effort. Sur la route du parking. Pour une fois ça sentait la ratatouille. La ratatouille en plein mois de février. Des légumes normalement gorgés de soleil. En plein hiver. Ce n’est pas grand-chose à l’échelle géologique, mais quand même. Bon, ça va j’arrête… Mais du coup, si quand même. Si on pouvait la monter dans le ciel l’échelle géologique… Tout là haut, pour repousser l’astéroïde de 390 mètres de long qui pourrait bien nous tomber dessus le 13 avril 2036. Parce que 2036 c’est demain. C’est toi, c’est moi, c’est nous. C’est un pays de la taille de l’Angleterre. Allez, on s’en fout ? A l’échelle ou on se fout des choses, de toute façon. Des autres aussi, on se fout. On se regarde les nombrils au lieu de regarder le ciel. De l’Angleterre…
Ca y est, ça recommence. Ca repart. La ratatouille. Je mélange tout et je vous le sers. Bien froid si possible. Histoire de vous refroidir un peu les esprits, pour faire la nique au réchauffement de la pas nette. Remarque elle sent bon cette ratatouille réchauffée. Oui, elle sent bon. En plus j’en avais un peu envie d’une ratatouille. Ca passe bien en période de rage dedans. Ca se mange tout seul. C’est ça, quand t’as la rage dedans, tu mélanges tout et tu le recraches. Dehors. Un méli-mélo. Une salade. Une sorte de transcription codée du message que tu veux faire passer.
En marchant vers mon parking pour créer l’effort, stimulé par cette odeur de ratatouille, je me disais qu’elle me faisait bien mal cette rage dedans. Mal au point de me faire perdre ma sagesse et mes rimes. Mes envies de paroles. De chanson. Mes envies d’écrire. Mes envies d’y croire. Mal au point de tout mélanger. De parler de tout et de rien en même temps. De mélanger des sujets graves. D’écrire comme je mélange. Comme je parle. D’oublier de faire ressortir ce que je voulais dire au fond. En dedans de la rage que j’ai. D’oublier de mettre un peu de piment. Comme sur les bouchons réunionnais. Pas sur la ratatouille. Quoique, des piments d’Espelette…
En plus, ce qui m’ennuie avec 2036, c’est que je n’aurai pas beaucoup le temps de profiter de la retraite. Oui, ça m’ennuie. Ben quoi, je me regarde le nombril, aussi, un peu. Alors !
La gymnastique intégrée, ça a du bon. La ratatouille aussi ça a du bon. Surtout en cas de rage dedans. Ca me fait du bien de tout vous mélanger.
Parce qu’elle est bien chargée ma rage dedans. La ratatouille je ne sais pas, je n’ai eu que l’odeur. Oui elle est sérieuse ma rage dedans.
A l’intérieur de moi. Des tas de choses qui me tiennent à cœur. Qui me font ressortir la fleur de ma peau. Qui me donne la chaire de poule, même, rien que d’y penser. Des choses qui me préoccupent. Qui me font dire que. Qui me bouleversent. Me marquent. M’importent. M’interpellent. Ne me laissent pas indifférent. M’indignent aussi. Surtout.
Des choses qui me mettent la rage. Parce que je voudrais que ça avance. Que ça change. Qu’on en prenne un peu à bras le corps.
Voilà ça me prend tellement à l’intérieur de moi. Ca fait tellement bouillir la marmite, que je vous le jette comme ça vient. Un peu mélangé. Beaucoup.
Et je crois bien que je l’ai pour la vie. Cette rage dedans.
Alors…
Ca y est, ça recommence. Ca repart. La ratatouille. Je mélange tout et je vous le sers. Bien froid si possible. Histoire de vous refroidir un peu les esprits, pour faire la nique au réchauffement de la pas nette. Remarque elle sent bon cette ratatouille réchauffée. Oui, elle sent bon. En plus j’en avais un peu envie d’une ratatouille. Ca passe bien en période de rage dedans. Ca se mange tout seul. C’est ça, quand t’as la rage dedans, tu mélanges tout et tu le recraches. Dehors. Un méli-mélo. Une salade. Une sorte de transcription codée du message que tu veux faire passer.
En marchant vers mon parking pour créer l’effort, stimulé par cette odeur de ratatouille, je me disais qu’elle me faisait bien mal cette rage dedans. Mal au point de me faire perdre ma sagesse et mes rimes. Mes envies de paroles. De chanson. Mes envies d’écrire. Mes envies d’y croire. Mal au point de tout mélanger. De parler de tout et de rien en même temps. De mélanger des sujets graves. D’écrire comme je mélange. Comme je parle. D’oublier de faire ressortir ce que je voulais dire au fond. En dedans de la rage que j’ai. D’oublier de mettre un peu de piment. Comme sur les bouchons réunionnais. Pas sur la ratatouille. Quoique, des piments d’Espelette…
En plus, ce qui m’ennuie avec 2036, c’est que je n’aurai pas beaucoup le temps de profiter de la retraite. Oui, ça m’ennuie. Ben quoi, je me regarde le nombril, aussi, un peu. Alors !
La gymnastique intégrée, ça a du bon. La ratatouille aussi ça a du bon. Surtout en cas de rage dedans. Ca me fait du bien de tout vous mélanger.
Parce qu’elle est bien chargée ma rage dedans. La ratatouille je ne sais pas, je n’ai eu que l’odeur. Oui elle est sérieuse ma rage dedans.
A l’intérieur de moi. Des tas de choses qui me tiennent à cœur. Qui me font ressortir la fleur de ma peau. Qui me donne la chaire de poule, même, rien que d’y penser. Des choses qui me préoccupent. Qui me font dire que. Qui me bouleversent. Me marquent. M’importent. M’interpellent. Ne me laissent pas indifférent. M’indignent aussi. Surtout.
Des choses qui me mettent la rage. Parce que je voudrais que ça avance. Que ça change. Qu’on en prenne un peu à bras le corps.
Voilà ça me prend tellement à l’intérieur de moi. Ca fait tellement bouillir la marmite, que je vous le jette comme ça vient. Un peu mélangé. Beaucoup.
Et je crois bien que je l’ai pour la vie. Cette rage dedans.
Alors…
Publié par Gregory Sey le 19.2.07 22 réactions
Catégorie: La vie de passage, Notre monde à nous, Sur la route du parking
dimanche, 11 février 2007
Changer de nous
Parce que ça tourne autour de ça. Autour de toi. Autour d’une peau. D’une peau qui finira par nous brûler. Comme une lumière incandescente. Comme un témoin d’alarme à notre manque de décence. A tous ces excès qui deviennent ordinaires au bout du compte. Qui rentrent presque dans l’ordre du naturel. Qu’est ce qu’un de plus, au fond ?
Parce que ça finit par devenir comme un jeu et que l’on ne voit pas que l’on se tue. A petit ou à grand feu.
Il faut changer de nous. Il faut changer de « non ». Que les « non » veuillent dire quelque chose. Non à ce qui ne sert pas vraiment. Qu’ils aient vraiment leur propre identité. Celle de l’avenir. Finalement.
Il faut changer fondamentalement parce que nos espoirs fondent au jour le jour comme une glace polaire que l’on ne respecte plus, que l’on traiterait de vulgaire, même. Même que l’on ne s’aime plus vraiment. Même que l’on se ment à chaque instant.
Parce que ça tourne pendant ce temps là. L’une autour de l’autre. Et nous autour du pot. La peau acide de plus en plus. De pluies en pluies. Parce que tu vois. Tu vois, la fraternité n’est plus qu’un nom que l’on écrit sur des livres anciens. Parce que la liberté aujourd’hui c’est celle d’être contraint à jamais de suivre les vagues, la vogue, la mode. De suivre sans réfléchir. Et ne dites pas que ça urge, non. On ne vous comprendrait pas. Non, on ne voudrait pas vous comprendre. Et l’égalité, pendant ce temps là, devient le fait d’être égaux en rien. Puisque rien ne se passe vraiment. Rien ne change.
Alors oui, il faut changer de nous immédiatement. La terre nous parle. Ne se tait pas. Elle se passerait bien de nous, oui. Elle changerait bien de nous. Elle nous échangerait bien contre d’autres. Contre qui au fond nous battons-nous ? Contre nous. Changeons.
Tu peux m’embrasser si tu veux. Du sucré ou du salé. Qu’importe. Regarde autour de toi tout ce que cela nous apporte. Rien. Autour de toi. Nous avons planté le décor. Chacun chez soi. Chacun au centre du monde. De son monde. Des millions de milieux. Des millions de centre de la terre. Des millions de nombrils du monde qui se regardent à chaque seconde qui passe. Des millions de moi et très peu de nous.
Et nous ? Et nous dans tout ça ? Pas grand-chose.
Tout juste le temps de se voir. De se voir un peu flou.
Parce que ça finit par devenir comme un jeu et que l’on ne voit pas que l’on se tue. A petit ou à grand feu.
Il faut changer de nous. Il faut changer de « non ». Que les « non » veuillent dire quelque chose. Non à ce qui ne sert pas vraiment. Qu’ils aient vraiment leur propre identité. Celle de l’avenir. Finalement.
Il faut changer fondamentalement parce que nos espoirs fondent au jour le jour comme une glace polaire que l’on ne respecte plus, que l’on traiterait de vulgaire, même. Même que l’on ne s’aime plus vraiment. Même que l’on se ment à chaque instant.
Parce que ça tourne pendant ce temps là. L’une autour de l’autre. Et nous autour du pot. La peau acide de plus en plus. De pluies en pluies. Parce que tu vois. Tu vois, la fraternité n’est plus qu’un nom que l’on écrit sur des livres anciens. Parce que la liberté aujourd’hui c’est celle d’être contraint à jamais de suivre les vagues, la vogue, la mode. De suivre sans réfléchir. Et ne dites pas que ça urge, non. On ne vous comprendrait pas. Non, on ne voudrait pas vous comprendre. Et l’égalité, pendant ce temps là, devient le fait d’être égaux en rien. Puisque rien ne se passe vraiment. Rien ne change.
Alors oui, il faut changer de nous immédiatement. La terre nous parle. Ne se tait pas. Elle se passerait bien de nous, oui. Elle changerait bien de nous. Elle nous échangerait bien contre d’autres. Contre qui au fond nous battons-nous ? Contre nous. Changeons.
Tu peux m’embrasser si tu veux. Du sucré ou du salé. Qu’importe. Regarde autour de toi tout ce que cela nous apporte. Rien. Autour de toi. Nous avons planté le décor. Chacun chez soi. Chacun au centre du monde. De son monde. Des millions de milieux. Des millions de centre de la terre. Des millions de nombrils du monde qui se regardent à chaque seconde qui passe. Des millions de moi et très peu de nous.
Et nous ? Et nous dans tout ça ? Pas grand-chose.
Tout juste le temps de se voir. De se voir un peu flou.
Publié par Gregory Sey le 11.2.07 39 réactions
Catégorie: Notre monde à nous
jeudi, 1 février 2007
Trop-plein de pas assez
J’avais marché dans des flaques. Et dans de la boue. J’avais les bas de pantalon pas très propres. Je m’étais dépêché. J’avais pressé le pas dans la boue. J’avais transpiré. Je me sentais mal à l’aise. J’avais le visage gras. Brillant. J’avais marché sans m’en rendre compte. Croisé des gens. Dit des "bonjour". J’étais vide à l’intérieur. Je ne savais plus qu’une seule chose. Je savais que j’étais mort un matin d’hiver.
Ce matin là. Celui-là même. J’étais mort. Pas physiquement, non. Je marchais. Je marchais à côté de moi-même. Je m’étais pris la vie en pleine face. J’en étais mort. Vide. Foutu. Perdu. Je transportais du vide.
Elle avait pris un nouveau goût. Indescriptible. Inattendu. Un peu amer. Peut-être. Boueux. Vaseux aussi.
Je me l’étais prise en pleine face cette putain de vie. Pendant tout ce temps je l’avais crue autrement. Pendant tout ce temps, j’avais cru que l’on marchait les uns avec les autres. Les uns pour les autres. Que ce qui comptait avant tout c’était les avancées collectives. C’était les choses construites main dans la main. Que l’amour et l’amitié c’était « nous nous aimons » et non pas « on m’aime ». Pendant tout ce temps j’avais pensé que chaque geste que je faisais, chaque parole que je disais, chaque pensée qui me traversait l’esprit faisait partie d’un conscient collectif auquel j’appartenais. Vous, nous, toi, elle, lui, eux.
J’avais cru à tout ça. J’en étais vide.
Comme une révélation un matin d’hiver. A marcher dans la boue. A se presser pour quoi au fond ?
Je ne supportais plus mes bas de pantalon et ma sueur. Je ne me supportais plus avec cette naïveté, cette manière de tomber de haut comme un idiot en plein hiver. Je m’étais déclaré mort. Je ne voulais plus. Plus rien entendre. Plus rien projeter. Juste vivre vide. Vide de mon sens. Du sens que je m’étais inventé.
Je trouvais tout trop dur soudainement. Trop lourd. Trop compliqué.
J’étais vide. Mort à côté de mes pieds boueux.
Il y avait ce goût dans ma bouche. Ce trop plein. Ce trop plein de tout. De trop de « moi je ». De moi, moi, moi. Ce pas assez. Pas assez de nous. De nous tous. D’ensemble. De vue d’ensemble. Trop de nombrils qui se regardent au jour le jour. Trop d’impatience. Trop de tout, tout de suite. Trop de science infuse. Et si peu. Si peu d’envie de donnerpour sans recevoir. D’attendre pour comprendre. De savoir se voir. Se voir ensemble tous.
J’en ai marre. Ca me tue. Toutes ces individualités. Tous ces rois et leurs petits royaumes. Tous ces trépignements de pieds. Je suis devenu incapable de me battre contre ça désormais.
Je traîne des pieds désormais. Je perds pied même.
Il y a des matins d’hiver comme ça ou tout t’arrive en pleine figure. Ou la vie que tu t’imaginais se retourne contre toi comme un boomerang aux bords tranchants.
Je m’étais pressé dans la boue et la sueur. Le visage gras. J’entrais dans la salle. J’étais mort. Vide. J’étais à côté de moi-même. Je regardais la scène comme un spectateur invisible. A peine bon à être réanimé par quelques réchauffements de cœur et beaucoup d’accords, d’accords entre nous. Tous, main dans la main. Qu’on me réchauffe ma planète, mon cœur.
J’étais dans la salle avec tous ces gens autour de moi. Ma boue aux pieds. Tous ces sourires niais tournés vers moi. Toutes ces paroles qui ne me parlent plus. Je me suis approché du pupitre. J’ai parlé. Pendant que je parlais j’avais l’impression désagréable d’un défaut de synchronisation entre l’image et le son.
Il y a eu ces applaudissements. Cent personnes peut-être. Cent personnes qui ne pensent qu’à elles. Moi moi moi. Et qui en applaudissent une autre. Une autre seule, vide.
Je suis reparti en baissant la tête. Le regard boueux et les bas de pantalon larmoyants. Ou l’inverse. Je souriais mécaniquement et je me demandais comment on pouvait applaudir quelqu’un qui était mort à l’intérieur de soi.
Plus tard, en rasant les murs dans les couloirs, toujours en souriant mécaniquement, je me suis dit que j’aurais pu mettre encore plus de violence dans ce texte, mais que même cela j’en étais devenu incapable.
Ce matin là. Celui-là même. J’étais mort. Pas physiquement, non. Je marchais. Je marchais à côté de moi-même. Je m’étais pris la vie en pleine face. J’en étais mort. Vide. Foutu. Perdu. Je transportais du vide.
Elle avait pris un nouveau goût. Indescriptible. Inattendu. Un peu amer. Peut-être. Boueux. Vaseux aussi.
Je me l’étais prise en pleine face cette putain de vie. Pendant tout ce temps je l’avais crue autrement. Pendant tout ce temps, j’avais cru que l’on marchait les uns avec les autres. Les uns pour les autres. Que ce qui comptait avant tout c’était les avancées collectives. C’était les choses construites main dans la main. Que l’amour et l’amitié c’était « nous nous aimons » et non pas « on m’aime ». Pendant tout ce temps j’avais pensé que chaque geste que je faisais, chaque parole que je disais, chaque pensée qui me traversait l’esprit faisait partie d’un conscient collectif auquel j’appartenais. Vous, nous, toi, elle, lui, eux.
J’avais cru à tout ça. J’en étais vide.
Comme une révélation un matin d’hiver. A marcher dans la boue. A se presser pour quoi au fond ?
Je ne supportais plus mes bas de pantalon et ma sueur. Je ne me supportais plus avec cette naïveté, cette manière de tomber de haut comme un idiot en plein hiver. Je m’étais déclaré mort. Je ne voulais plus. Plus rien entendre. Plus rien projeter. Juste vivre vide. Vide de mon sens. Du sens que je m’étais inventé.
Je trouvais tout trop dur soudainement. Trop lourd. Trop compliqué.
J’étais vide. Mort à côté de mes pieds boueux.
Il y avait ce goût dans ma bouche. Ce trop plein. Ce trop plein de tout. De trop de « moi je ». De moi, moi, moi. Ce pas assez. Pas assez de nous. De nous tous. D’ensemble. De vue d’ensemble. Trop de nombrils qui se regardent au jour le jour. Trop d’impatience. Trop de tout, tout de suite. Trop de science infuse. Et si peu. Si peu d’envie de donner
J’en ai marre. Ca me tue. Toutes ces individualités. Tous ces rois et leurs petits royaumes. Tous ces trépignements de pieds. Je suis devenu incapable de me battre contre ça désormais.
Je traîne des pieds désormais. Je perds pied même.
Il y a des matins d’hiver comme ça ou tout t’arrive en pleine figure. Ou la vie que tu t’imaginais se retourne contre toi comme un boomerang aux bords tranchants.
Je m’étais pressé dans la boue et la sueur. Le visage gras. J’entrais dans la salle. J’étais mort. Vide. J’étais à côté de moi-même. Je regardais la scène comme un spectateur invisible. A peine bon à être réanimé par quelques réchauffements de cœur et beaucoup d’accords, d’accords entre nous. Tous, main dans la main. Qu’on me réchauffe ma planète, mon cœur.
J’étais dans la salle avec tous ces gens autour de moi. Ma boue aux pieds. Tous ces sourires niais tournés vers moi. Toutes ces paroles qui ne me parlent plus. Je me suis approché du pupitre. J’ai parlé. Pendant que je parlais j’avais l’impression désagréable d’un défaut de synchronisation entre l’image et le son.
Il y a eu ces applaudissements. Cent personnes peut-être. Cent personnes qui ne pensent qu’à elles. Moi moi moi. Et qui en applaudissent une autre. Une autre seule, vide.
Je suis reparti en baissant la tête. Le regard boueux et les bas de pantalon larmoyants. Ou l’inverse. Je souriais mécaniquement et je me demandais comment on pouvait applaudir quelqu’un qui était mort à l’intérieur de soi.
Plus tard, en rasant les murs dans les couloirs, toujours en souriant mécaniquement, je me suis dit que j’aurais pu mettre encore plus de violence dans ce texte, mais que même cela j’en étais devenu incapable.
Publié par Gregory Sey le 1.2.07 23 réactions
Catégorie: Introspection, La vie de passage, Sur la route du parking
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