Terre Happy
On pourrait écrire pendant des heures. Comme ça. On pourrait écrire. Comme ça. Se dire ce qui va sans dire. Se dire ce qui va mieux en le disant. On pourrait comme ça se dire des choses. Et d’autres. D’autres choses. On pourrait pendant des heures rompre les bâtons. Faire tomber les barrières. Dévoiler les masques et enlever les voiles que l’on se dresse au gré du vent. Au gré du temps. On pourrait regarder tomber les feuilles des arbres. Tomber la pluie. Passer le temps. On pourrait rester comme ça. A se dire plein de choses mais pas beaucoup finalement. Rester comme ça. La larme à l’œil. L’arbre en ligne de mire. L’arbre à l’œil finalement. On pourrait vivre de sous-entendus. On pourrait évoquer des choses. Des souvenirs mêmes. Mais pas trop. Juste comme ça en surface. Laisser planer. Laisser flotter des tas de choses inexprimées. On pourrait comme ça s’accrocher aux branches de l’arbre sans vraiment aller au fond des choses. Laisser plier les branches et retenir ses mots. On pourrait regarder passer les souvenirs. Sans vraiment dire la brûlure qu’ils étouffent. On pourrait laisser passer tout un tas de choses, de blessures, de plaies béantes, de douleurs incessantes. Laisser passer les trains de la vie sans crier « gare ! ». Stop ! Sans vraiment se dire les choses. Continuer à polir la surface. A se faire beau, belle. A s’y faire. Ou croire qu’on s’y fait. On pourrait laisser comme ça tout un tas de choses nous envahir sans se dire envahi et puis garder l’arbre au coin de l’œil. L’arbre qui perd ses feuilles. Qui résiste au vent. Aux orages. Mais qui dit. Qui laisse craquer ses branches. Grandir ses racines et repousser les bourgeons au gré du vent. Quelque soit sa vie. Son histoire à l’arbre. On pourrait comme ça garder l’arbre en ligne de mire. Et se dire qu’on pourrait se dévoiler un peu plus en ayant l’arbre à l’œil.
Ou alors…
On pourrait gratter la terre. Inépuisablement. Jusqu’à ce que nos ongles prennent racine. Gratter la terre pour essayer de comprendre. Essayer d’entendre tout ce qu’il a fallu taire. Gratter la terre pour savoir. Savoir ce qui se cache derrière. Derrière ces images souvenirs. Ces histoires sans parole. Gratter la terre pour puiser. Puiser au fond des blessures ouvertes à jamais. Puiser au fond des « jamais », « j’aimais ». Puiser dans la terre. Dans nos racines. Nos histoires. Nos je. Nos nous. Nos autres même. Va savoir.
Va savoir. Va gratter la terre. Jusqu’à plus soif. Sous le soleil. Sous la pluie. Sous l’orage. Sous la neige et le vent. Gratter. Comprendre. Essayer de. D’eux. Qui sont-ils ? Et qui suis-je ? Finalement. Y a-t-il un finalement, d’ailleurs ? Un bouquet final. Une lumière au bout du tunnel que l’on gratte jour après jour.
Alors on pourrait gratter sans fin mais avec soif de vie. Avec envie de savoir. De connaître. De se rappeler. De retracer les lignes. Les lignes de vie. Les fils rouges. Rouge sang. Forcément. Remonter aux sources de toutes ces blessures que l’on transporte. Qui font partie de nous. On pourrait confondre source et racine. Douleur et transformation. Rire et larme. On pourrait tout confondre en planant à la surface des choses. Alors on gratte. On cherche. Et on vit en même temps. Ce que l’on voit, ce que l’on entend, ce que l’on se dit à la surface est souvent différent de ce qui se cache derrière. Derrière nos ombres. Derrière nous. Nos histoires. Nos peines. Nos joies. Nos jours et nos nuits.
On pourrait écrire pendant des heures comme ça. Rester à la surface ou bien gratter. Admirer l’ombre ou alors découvrir ce qu’elle dissimule.
On pourrait écrire pendant des heures sur tout ça, des jours, des mois, des années même. On pourrait écrire pendant des heures, des heurts avec soi-même. Avec la vie. Avec sa propre histoire. On pourrait.
On pourrait être heureux comme ça.
