Carte postale du “ça passe trop vite”
Les années, les mois, les jours, les heures, les minutes, les secondes. Ca passe trop vite. Tout ça passe trop vite. Et tout ça c’est beaucoup. Beaucoup de choses en même temps. Très peu de temps pour tout ça.
Alors moi je veux bien continuer. Continuer à écrire. Si, ça me plaît. A décrire. A crier. A entendre. A voir. A dire. L’espace d’un instant. Ici où là. A Boston, à Zürich ou à San Francisco. Comme ça entre deux secondes. Mais ce n’est pas si facile. Ca passe trop vite. Alors continuer. Comment te dire. Oui, je pense que c’est nécessaire. Que c’est bien de pouvoir se poser et réfléchir sur le temps qui passe. Mais on est vite pris dans l’engrenage. On ne s’arrête plus de courir. De penser. De gamberger. Il n’y a plus de place pour le reste. Pour quelques jeux de mots. Quelques mots à propos de moi. Des mots de je, quoi. Le temps, le cerveau occupés par tout ce qui se passe devant moi, avec moi, à cause de moi. Enfin tout ça, quoi. Ca occupe tout l’espace. Tout le temps. Un peu comme un syndrome du cerveau sans repos. Un peu comme le syndrome d’un monde où il faut aller de plus en plus vite. De plus en plus haut. De plus en plus loin.
Un monde où il faut aller. Il faut que ça aille. Ca va aller. Alors pourquoi se poser l’espace d’un instant ? Ne serait-ce qu’une petite seconde. Pourquoi se poser pour analyser tout ça ? Surtout pas. Il faut avancer. Sans trop se poser de question. Pas de pause. Il faut que ça aille. Une seconde c’est trop cher payé pour une pause comme celle-là. C’est trop mais ce n’est pas assez en même temps. Jamais assez. Assez de temps. De résultat. De réussite. De réflexion. De résistance. De résistance à tout ça. Des vents contraires. Des moyens de faire autrement. Ca doit bien exister. Je ne sais pas. Je n’ai pas le temps d’y penser.
Alors moi, je veux bien continuer, tu sais. Moi aussi ça me parle. Tous ces mots. Tous ces « moi » qui me disent qu’ils n’ont pas le temps. Qui courent et ne se rappellent plus après quoi. Ils courent comme ça sans raison. Un peu comme un rat de laboratoire qui court sur une piste indoor comme ils en ont là-bas dans les belles écoles Américaines. Courir. Ce n’est pas facile d’écrire en courant. De courir en pensant. Le cerveau sans repos. La vie sans repos. Syndrome. Quand on s’arrête. Quand on trébuche un peu, on dit : « il va rebondir ». C’est tout un programme ! ça donne le ton. Ca donne le temps. Il faut passer, vite. A autre chose. Des choses et d’autres. Moi je veux bien en parler. En écrire. Mais quand ?
